Le Compas, aussi appelé Konpa (orthographe créole), est un genre musical haïtien qui a profondément marqué la scène musicale des Caraïbes. Né dans les années 1950, il est devenu au fil des décennies un emblème culturel, un vecteur d’identité nationale, et un rythme dansant incontournable dans les soirées haïtiennes et antillaises.
Origines du Compas
Le Compas voit le jour en 1955, grâce à Nemours Jean-Baptiste, saxophoniste et chef d’orchestre haïtien. Inspiré par les musiques traditionnelles haïtiennes, les rythmes africains, le jazz, et les influences latines, Nemours crée un nouveau son plus moderne, structuré, et dansant : le Compas Direct.
Ce style se démarque par sa rythmique binaire régulière, ses lignes de basse marquées, et l’utilisation d’instruments modernes (guitares électriques, claviers, cuivres). Il propose une alternative plus urbaine et sophistiquée aux rythmes folkloriques ruraux tels que le meringue haïtien ou les danses vaudou.
Caractéristiques musicales
Le Compas est immédiatement reconnaissable par :
- Un rythme lent à modéré, soutenu par la batterie et la percussion.
- Une ligne de basse syncopée, omniprésente, qui “porte” la chanson.
- Des guitares électriques aux riffs entraînants et répétitifs.
- Des cuivres (saxophone, trompette) qui ajoutent une touche festive.
- Des claviers, souvent utilisés pour enrichir l’harmonie.
- Des paroles chantées en créole haïtien ou en français, abordant l’amour, la société, la fête.
Le Compas est conçu pour être dansé. C’est une musique de bal, élégante, sensuelle, avec des pas glissés caractéristiques.
Évolution et rayonnement
Dans les années 1970-80, plusieurs groupes vont faire évoluer le genre :
- Tabou Combo, fondé en 1968, donnera une portée internationale au Compas avec des tournées mondiales.
- Mizik Mizik, Skah Shah, DP Express, System Band, modernisent l’esthétique sonore.
- Dans les années 1990-2000, des groupes comme Carimi, T-Vice, Zenglen ou Nu Look introduisent des sonorités R&B, électroniques ou pop, séduisant les jeunes générations.
Le Compas se répand alors dans toute la Caraïbe francophone, notamment en Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Guyane ainsi qu’au sein de la diaspora haïtienne aux États-Unis, au Canada et en France.
Compas et Zouk : cousins caribéens
Le Compas a fortement influencé le zouk des Antilles françaises, né au début des années 1980 avec le groupe Kassav’. Si le zouk adopte des arrangements plus synthétiques et un tempo plus rapide, il partage la même essence rythmique et dansante que le Compas.
Les deux genres ont parfois fusionné, et de nombreux artistes antillais collaborent avec des musiciens haïtiens.
Le Compas aujourd’hui
Aujourd’hui, le Compas continue de vivre à travers de nombreux festivals, bals, carnavals et soirées tropicales. Il existe plusieurs sous-genres, dont :
- Compas love : plus lent et romantique.
- Compas fusion : influencé par d’autres genres (hip-hop, afrobeat, jazz).
- Rasin Compas : mêlant Compas et musiques traditionnelles haïtiennes.
Le genre reste un vecteur d’unité et de fierté culturelle pour le peuple haïtien, malgré les défis politiques et économiques du pays.
Conclusion
Le Compas est bien plus qu’un genre musical : c’est une identité, un langage corporel, une expression culturelle profondément enracinée dans l’histoire d’Haïti. Des bals populaires de Port-au-Prince aux scènes internationales, il continue de faire vibrer les cœurs et de faire danser les corps. Sa longévité et sa richesse en font l’un des trésors les plus vivants de la musique caribéenne.


