S’ils sont souvent perçus comme les héros modernes de la mobilité douce, les cyclistes traînent aussi derrière eux une réputation un peu moins flatteuse : celle d’un certain sentiment de supériorité vis-à-vis des automobilistes, des piétons et parfois même d’autres cyclistes. Mais qu’en est-il vraiment ? S’agit-il d’un cliché, d’une vérité sociale ou d’un mélange complexe de comportements et de perceptions ?
Dans cet article, on explore les racines de ce phénomène et les raisons pour lesquelles certains ont l’impression que le vélo donne des ailes… et parfois un peu trop.
1. La supériorité morale : le vélo, un choix “vertueux” ?
Dans l’imaginaire collectif, choisir le vélo, c’est choisir le camp du bien :
- moins de pollution,
- moins de bruit,
- moins de congestion,
- plus de santé.
Cette posture environnementale peut, chez certains, se transformer en une forme de survalorisation personnelle : “Je fais mieux que toi pour la planète”.
Même si la plupart des cyclistes roulent simplement pour aller plus vite, faire des économies ou éviter les embouteillages, cette dimension symbolique reste très présente.
➡️ Résultat : les automobilistes ou les piétons interprètent parfois un simple comportement pratique comme un positionnement moral.
2. La supériorité technique : maîtriser la ville autrement
Le vélo nécessite une autre lecture de l’espace urbain :
- anticiper les voitures mal garées,
- se faufiler entre deux files,
- éviter les ouvertures intempestives de portières,
- gérer les feux, les angles morts, la météo…
Cette habileté donne parfois aux cyclistes expérimentés un sentiment de contrôle et de compétence — sentiment qui peut être mal interprété comme de l’arrogance.
Et soyons honnêtes : certains cyclistes aiment bien montrer qu’ils dominent le trafic comme des pilotes de rallye zen et écoresponsables.
3. La supériorité réglementaire : “On a nos propres règles”
Un point de friction fréquent est la gestion des règles de circulation.
Les cyclistes ont :
- des sas vélo,
- des cédez-le-passage cyclistes aux feux rouges,
- des voies réservées,
- des priorités parfois méconnues des automobilistes.
Ce cadre spécifique crée un sentiment de “tribu à part”, avec ses codes et ses pratiques.
Pour les non-initiés, cela ressemble à un contournement permanent des règles.
➡️ Conclusion secondaire : ce n’est pas vraiment de la supériorité, mais plutôt un décalage de compréhension.
4. L’effet minorité : quand une petite communauté paraît plus bruyante
Même en pleine croissance, les cyclistes restent minoritaires dans la plupart des villes. Une minorité visible, dynamique, bruyante sur les réseaux sociaux, souvent engagée.
Selon les psychologues, lorsqu’un groupe minoritaire se mobilise fortement, il peut être perçu comme dominant ou donneur de leçons, même si ce n’est pas le cas individuellement.
C’est exactement ce qui se passe avec les cyclistes militants, qui deviennent malgré eux les porte-parole de tous les cyclistes, y compris ceux qui n’ont rien demandé.
5. Une question de perception plus que d’attitude
Les études sociologiques récentes montrent que les cyclistes ne se sentent pas plus supérieurs que les automobilistes ou les piétons.
En revanche, le conflit d’usage de l’espace amplifie les tensions.
- Un cycliste doublant un piéton ? Arrogant.
- Un piéton traversant devant un vélo ? Imprudent.
- Une voiture coupant la piste ? Dangereuse.
Chacun voit l’autre comme un obstacle, donc comme “en tort”, donc potentiellement “supérieur”.
Ce sentiment est donc moins lié aux individus qu’à la cohabitation imparfaite dans l’espace public.
Conclusion : la supériorité, un miroir déformant
Le sentiment de supériorité attribué aux cyclistes n’est ni totalement vrai ni complètement faux.
Il vient surtout :
- d’un mélange de symbolique écologique,
- de différences de comportements,
- d’incompréhensions réglementaires,
- et d’une cohabitation parfois tendue.
En réalité, la plupart des cyclistes veulent juste circuler sereinement, sans fumer les poumons d’un camion ni finir coincés entre deux rétroviseurs.
Peut-être que le véritable progrès consisterait à remplacer ce sentiment (réel ou imaginé) par une meilleure compréhension mutuelle…
… et quelques pistes cyclables de plus, ça ne ferait pas de mal.


