La danse de Saint-Guy — également appelée chorée de Sydenham ou chorée de Saint-Guy — est un phénomène médical et historique fascinant, situé à la frontière entre la science, la religion et la culture populaire. Ce trouble, qui provoque des mouvements involontaires et incontrôlés, a marqué l’Europe médiévale et continue encore aujourd’hui d’intéresser médecins, historiens et anthropologues.
1. Origine du nom : entre culte et croyance
L’appellation “danse de Saint-Guy” trouve son origine au Moyen Âge. Saint Guy (ou Vitus), un martyr chrétien du IVe siècle, était invoqué pour soigner diverses affections nerveuses.
Dès le Moyen Âge, les fidèles affluaient dans les sanctuaires dédiés à ce saint pour chercher la guérison de tremblements, de convulsions et de troubles moteurs. On croyait que ces “danses” involontaires étaient dues à une possession démoniaque ou à un châtiment divin, et la dévotion à Saint Guy était censée les apaiser.
2. La “danse contagieuse” du Moyen Âge
L’histoire de la danse de Saint-Guy ne se limite pas à un trouble individuel : elle s’inscrit aussi dans des épisodes collectifs impressionnants.
Au XIVe et XVe siècles, plusieurs villes d’Europe — notamment à Strasbourg en 1518 — ont connu des phénomènes de danses frénétiques collectives. Des dizaines, voire des centaines de personnes se mettaient à danser sans interruption pendant des heures ou des jours, parfois jusqu’à l’épuisement ou la mort.
Les hypothèses pour expliquer ces crises sont multiples :
- Hypothèse médicale : intoxication à l’ergot de seigle, un champignon hallucinogène.
- Hypothèse psychologique : hystérie collective due à la misère, la famine et les épidémies.
- Hypothèse religieuse : transes mystiques ou rituelles liées aux croyances médiévales.
3. La chorée de Sydenham : un trouble neurologique
Avec l’avancée de la médecine, la “danse de Saint-Guy” a été progressivement comprise sous un angle scientifique. Aujourd’hui, on sait qu’elle correspond à plusieurs troubles neurologiques, le plus connu étant la chorée de Sydenham, décrite au XVIIe siècle par le médecin anglais Thomas Sydenham.
Caractéristiques médicales :
- Mouvements brusques, rapides et incontrôlables.
- Difficulté à coordonner les gestes.
- Fatigue musculaire et perte de tonus.
- Chez l’enfant, souvent liée à des complications du rhumatisme articulaire aigu après une infection streptococcique.
Cette approche médicale a peu à peu remplacé les interprétations mystiques, mais le terme “danse de Saint-Guy” est resté dans le langage courant.
4. La danse de Saint-Guy dans la culture populaire
La fascination pour ce phénomène a traversé les siècles et inspire encore aujourd’hui écrivains, cinéastes et artistes. On retrouve des références à la “danse de Saint-Guy” dans :
- La littérature : romans historiques et récits médiévaux.
- Le cinéma : notamment dans des films explorant les transes collectives.
- La musique : certaines œuvres classiques évoquent le thème des danses frénétiques.
5. Héritage et symbolisme
Au-delà du trouble médical, la danse de Saint-Guy symbolise les limites entre corps et esprit. Elle raconte l’histoire d’une humanité confrontée à l’inexplicable : ce que l’on attribuait autrefois aux saints et aux démons trouve aujourd’hui des explications biologiques.
Pourtant, le mystère persiste autour des crises collectives médiévales, qui demeurent un sujet de recherche en histoire sociale, neuropsychiatrie et anthropologie culturelle.
Conclusion
La danse de Saint-Guy, à la croisée des croyances religieuses et des avancées médicales, illustre notre rapport complexe à la maladie et au surnaturel. Ce qui fut jadis perçu comme un châtiment divin est désormais compris comme une affection neurologique, mais son histoire nous rappelle combien la frontière entre science et culture peut être mouvante.


