On présente souvent les cyclistes comme les chevaliers verts de la ville moderne : respectueux, écologiques, zen, presque lumineux. Pourtant, dans les rues, ce qu’observent de nombreux piétons, c’est autre chose : un ballet permanent de guidons pressés, parfois irrespectueux, qui filent entre les passants comme si tout leur était dû.
Alors pourquoi ce comportement ? Simple incivilité ? Mauvaise éducation ? Pas seulement.
Il existe plusieurs raisons, et certaines font grincer les dents.
1. Parce que certains cyclistes se voient comme les “bons élèves” de la mobilité
Lorsqu’on se croit du bon côté de l’histoire, on a parfois tendance à regarder les autres… de haut.
Certains cyclistes, convaincus que leur moyen de transport est le plus moral, considèrent inconsciemment que tout leur est permis :
- rouler sur les trottoirs,
- traverser les passages piétons en fonçant,
- siffler les piétons qui ne se jettent pas immédiatement sur le côté.
Le raisonnement implicite :
“Je pollue pas, donc j’ai le droit.”
C’est une forme de vertuisme agressif, et c’est probablement le facteur le plus irritant.
2. Parce que l’absence de permis donne une illusion de liberté totale
Un cycliste n’a pas de permis à passer, pas de points à perdre, pas d’examen de sécurité routière à réussir.
Résultat : beaucoup roulent avec un sentiment d’impunité.
- Pas de sanction → pas de frein psychologique.
- Pas d’apprentissage → pas de rappel des règles.
- Pas de cadre → chacun improvise.
Et dans cette improvisation, le piéton devient souvent l’élément négligé.
3. Parce que l’infrastructure défaillante sert d’excuse universelle
C’est l’argument préféré :
“Il n’y avait pas de piste cyclable.”
“La voiture m’a poussé sur le trottoir.”
“C’est la faute de la ville.”
Oui, les aménagements sont parfois mauvais.
Mais ils ne justifient pas tous les comportements :
- foncer à 30 km/h dans une rue piétonne,
- slalomer entre des poussettes,
- passer un passage piéton sans ralentir.
L’infrastructure est souvent un prétexte pour justifier des pratiques qui sont, en réalité, des choix personnels.
4. Parce que la vitesse donne une fausse impression de supériorité
Le piéton marche lentement. Très lentement.
Trop lentement pour certains cyclistes qui voient dans la moindre déambulation un obstacle.
La pression à ne pas perdre son élan transforme certains cyclistes en mini-conducteurs stressés qui pensent que garder leur vitesse est plus important que la sécurité des autres.
Le piéton devient alors un pion sur un échiquier : on le contourne, on lui coupe la route, on le frôle — l’essentiel est de ne pas poser le pied par terre.
5. Parce que beaucoup pensent que le piéton “n’écoute pas” ou “ne regarde pas”
Certains cyclistes se persuadent que :
- les piétons sont distraits,
- ne font pas attention,
- ne comprennent rien au trafic,
- et qu’il leur faut un “coup de sonnette pour apprendre”.
Cette vision paternaliste transforme le cycliste en maître de la circulation improvisé, très prompt à éduquer les autres… mais rarement lui-même.
6. Parce que la ville entretient une compétition permanente
Dans le chaos urbain, tout le monde veut gagner du temps : voitures, trottinettes, vélos, piétons.
Chacun se bat pour quelques mètres, pour un passage, pour éviter un arrêt.
Le cycliste, coincé entre voitures dangereuses et trottoirs tentants, finit souvent par considérer que le piéton est l’obstacle le plus facile à dominer — car c’est le seul qui ne risque pas de le renverser, de l’insulter par la fenêtre ou de l’écraser.
C’est le chaînon faible, donc celui qu’on bouscule en premier.
Conclusion : la supériorité mal placée, voilà le vrai problème
Le non-respect des piétons par certains cyclistes n’est pas seulement dû au manque d’aménagements ou aux risques liés aux voitures.
Il vient aussi d’un sentiment d’exemption, d’une forme de supériorité morale et pratique, et d’un rapport de force mal assumé.
On parle souvent des torts des automobilistes — avec raison — mais il est temps de regarder aussi ce qui se passe à hauteur de guidon.
Le cycliste n’est pas automatiquement un citoyen modèle.
Et protéger l’environnement n’autorise pas à manquer de respect à ceux qui marchent.



